Les sportifs travaillent leurs fonds

Vincent Anstett - Escrimeur - Photo DNA

L’escrimeur Vincent Anstett fait partie des trois premiers sportifs strasbourgeois à bénéficier, pour le moment, de l’aide d’Agisport. (Photo archives DNA – Jean-Christophe Dorn) L’initiative a pour nom Agisport. Elle regroupe une quarantaine d’entreprises du département en un fonds de dotation pour aider les sportifs de haut niveau – non professionnels, la nuance est importante – pendant leur carrière ou pour leur reconversion. Une première nationale, qui va au-delà du simple mécénat.

« D’autres villes apprécient l’idée et nous posent des questions », sourit Patrick Depyl, le président d’Agisport. Après seulement quelques semaines d’existence, le fonds de dotation strasbourgeois à destination des sportifs – le premier en France – éveille la curiosité. De là à dire qu’il va faire des petits dans le reste de l’Hexagone, il n’y a qu’un pas.
Mais l’essentiel n’est d’ailleurs pas là. L’initiative – 100 % privée – se veut avant tout un soutien aux sportifs strasbourgeois. « Tout » est parti d’un simple constat.
« Les sportifs de haut niveau commencent souvent leur carrière à Strasbourg avant de la poursuivre ailleurs », explique Patrick Depyl, par ailleurs directeur délégué de GDF-Suez. La faute, soit à un manque de moyens financiers, soit à des difficultés pour mener à bien leur reconversion professionnelle.

« 150 000 € ont été collectés pour le moment »

« Les sportifs de haut niveau sont les futurs bénévoles des associations sportives strasbourgeoises. Il faut les aider à rester en Alsace », poursuit Serge Oehler, l’adjoint aux Sports de la Ville de Strasbourg, vice-président d’Agisport.
C’est donc pour contenir « cet exode sportif » qu’Agisport s’est mis en place, avec la volonté d’aller au-delà des « partenariats traditionnels ». Car il s’agit aussi bien d’aider les athlètes à réussir leur carrière sportive qu’à les accompagner dans leur reconversion.
Pour le moment, une quarantaine d’entreprises de l’agglomération strasbourgeoise – et même parfois un peu au-delà – contribuent au fonds de réserve. « 150 000 € ont été collectés pour le moment », précise Patrick Depyl.
« Nous sommes dans une phase de démarrage et de recherche de l’équilibre financier. Nous sommes à la fois prudents et ambitieux. On apprend en avançant. Il faudra trouver l’équilibre entre le nombre de sportifs que nous allons aider et les sommes que nous leur allouerons », poursuit le président d’Agisport.

Une aide « concrète »

Le fonds de dotation strasbourgeois espère rassembler une centaine d’entreprises dans un avenir proche. « Les athlètes doivent être des locomotives pour faire connaître Agisport et inciter d’autres entreprises à nous rejoindre », souligne l’escrimeur Vincent Anstett.
Pour le moment, trois sportifs strasbourgeois ont déjà sollicité Agisport (voir par ailleurs) et d’autres dossiers sont à l’étude. « On essaie d’aider sur des choses très concrètes, souligne Patrick Depyl. Par exemple, concernant Vincent Anstett, il s’agit de contribuer à racheter des points pour sa retraite. »
Il s’agira aussi d’aider les sportifs « dans leur montée vers le haut niveau », en participant par exemple aux frais inhérents aux compétitions. On touche là une des raisons qui « obligent » les athlètes à quitter la région, quand leurs clubs n’ont pas les moyens de les accompagner vers les sommets.
Sous certains aspects, la démarche d’Agisport se montre désintéressée. « Même s’il est important, le rôle des entreprises n’est pas seulement financier. Ce n’est pas simplement du sponsoring. L’intérêt des entreprises n’est pas la seule notoriété. D’ailleurs, ce qui est nouveau, c’est qu’elles ne communiquent pas sous leur nom propre mais celui d’Agisport », souligne Patrick Depyl.

« Une belle aventure »

Pas d’angélisme pour autant. Cette volonté de bâtir une passerelle entre les sportifs et le monde de l’entreprise doit s’accompagner d’une plus-value pour les sociétés composant le fonds de dotation strasbourgeois. Le but, étant, entre autres, que ces mêmes sportifs rejoignent après leur carrière une entreprise d’Agisport.
« Les valeurs des sportifs sont intéressantes pour les entreprises. Un sportif de haut niveau dans une société, en plus des compétences qu’il apporte, cela donne « de l’allure » », consent le président d’Agisport. Une démarche « gagnant-gagnant » en quelque sorte.
« Agisport est une belle aventure », sourit Patrick Depyl. « Qui ne demande qu’à prospérer ».

Simon Giovannini

DNA – 05/04/2010

Lisez l’article de présentation du lancement d‘Agisport sur le site des DNA.